Dossiers de Québec-Presse
IBM À BROMONT

Disributeursexclusif: Québec-Presse, 9670 Péloquin, Montréal
Tél:381-9937
Diffusion-Québec, 3611 St-Denis, Montréal
Tél:845-2535
Copyright©1971 by
La Maison Réédition-Québec Inc.
3611, rie St-Denis
Dépôt légal 2e trimestre 1971
Bibliothèque National du Québec
ISBN 0-885-004-X 
couverture: Robert Lavaill

IBM A BROMONT

LE DEVELOPPEMENT 
INDUSTRIEL AU SERVICE

des spéculateurs

des politiciens__
__

28 juin 1970

Gérald Godin

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Voir : Les vrais "boss" du Québec préviennent Robert Bourassa

POURQUOI CE DOSSIER?

Pourquoi ce dossier?
A prime abord, l'affaire IBM a I'air absolument normale. Les Cantons de l'Est sont sous-développés industriellement : IBM est une industrie de pointe, que tous les pays s'arrachent; si IBM a acheté 980 acres, c'est qu'elle a des projets d'avenir au Québec, etc...

Mais derrière tant de belles paroles, il y a quelque chose qui cloche.

Si tout est si normal, comment se fait-il que le contrat de 'vente entre IBM et Québec Industrial Air Park ne mentionne pas le vrai prix de vente, mais seulement 

"$1. et autres considérations" ?

L'HISTOIRE DE 1970 SE RÉPÈTE en 1974 avec le Canadien Paul Desmarais, accueille à son nouveau domaine de Sagard de 21 000 acres , près de la Malbaie.

Si l'on ajoute à cela que le gouvernement fédéral verse
$6 millions à IBM pour sa contribution a l'expansion régionale, tout citoyen soucieux du bon usage des fonds publics a le devoir de chercher à connaître toute la vérité.

Or, si la vérité était que IBM, a payé très cher ses 980 acres à Bromont (qu'elle aurait pu obtenir pour $150,000 si, par exemple, la ville de Bromont s'était servie de ses pouvoirs d'expropriation pour fins industrielles)? Si la vérité était que IBM a été très généreuse dans la transaction, d'autant plus qu'elle venait de recevoir $6 millions du fédéral

Dans ce cas, le gouvernement le fédéral et la compagnie IBM sont coupables d'avoir joué le jeu de la spéculation foncière. Or, la spéculation foncière est au Québec comme partout en Amérique du Nord, la principale cause de toute une série de maux sociaux de plus en plus graves, dont I'inflation est le couronnement.

Si on se permet de payer un prix spéculatif, on contribue à la hausse des impôts, à la hausse du prix des terrains sur tout le territoire du Québec, à la hausse des loyers et des propriétés sur tout le territoire du Québec, à la hausse du coût de la vie et en fin de compte, on contribue à I'inflation et, par voie de conséquence, on est responsable du fameux plafond de 6% que le gouvernement Trudeau veut imposer sur les augmentations de salaires.

Ce que QUEBEC-PRESSE veut démontrer, c'est l'importance d'une vigilance des citoyens sur tous les aspects de l'administration publique, parce que l'administration publique, on le constate tous les jours, dépense sans compter, littéralement sans compter. Avec le résultat qu'il y a I'inflation. La vraie cause de l'inflation, elle est là. Et non pas, comme l'affirmait Pierre Trudeau l'autre jour,

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dans les demandes des syndicats, "dont les petits feront les frais".
Si, aux termes de nos recherches et grâce à ce dossier on apprend que IBM a payé beaucoup plus cher qu'elle n'aurait dû, on sera en mesure démontrer que, par exemple, Jean Marchand est responsable de l'inflation pour ne pas s'être enquis, avant de donner $6 millions à IBM, du montant que IBM a payé ses 980 acres. Et on découvrira peut-être aussi qu'il y a eu un gros gâteau. Et qui en a obtenu les meilleurs morceaux.

Déjeuner d'affaires au 24, rue Sussex (Jean Marchand, le premier ministre Pierre Trudeau et Gérard Pelletier).

Déjeuner d'affaires au 24, rue
Sussex (Jean Marchand, le premier
ministre Pierre Trudeau et Gérard
Pelletier).

La photo de Jean Marchand et Lévesque

Que cachent les mots "pour $1 et autres considérations"?

UNE AFFAIRE HAUTEMENT POLITIQUE

Les deux semaines qui précèdent les élections sont marqués d'une fébrilité extraordinaire dans le domaine immobilier à Bromont. Il y a des échéances très urgentes. Ou comme on dit par chez nous: c'est marque pressé!

Entre le 17 avril et le 22 avril 1970, Québec Industrial Air Park se porte acquéreur de 727 acres de terrains, soit un peu moins des trois quarts des 980 acres exigées par IBM. Ce qui signifie que l'affaire est déjà dans le sac, au moins deux semaines avant les élections.

Vu la période électorale, l'affaire devient hautement politique! Jean-Jacques Bertrand est au courant, par Marcel Faribault ou par son ami Roland Desourdy, grand manitou de la famille, maire de Cowansville, ou habite Jean-Jacques Bertrand. On sait aussi que la machine électorale de Roland Desourdy est puissante dans le comté de Jean-Jacques Bertrand et qu'elle est au service du premier ministre. 

Pourquoi Bertrand ne lance-t-il pas la nouvelle qui aurait pu lui donner un bon coup de main?

Parce que la nouvelle du projet doit être lancée par IBM, à qui
il répugne peut-être, de mêler son nom à une campagne électorale? Peut-être

Mais le fédéral est dans le tableau. Jean Marchand, ministre de l'expansion économique régionale doit "aider" IBM d'un beau six millions de dollars, sur un investissement total de $21 millions.

A ce moment-là, les premier sondages des journaux sont déjà publics. On sait que le parti Libéral est en tête et que l'Union Nationale n'est plus dans la course.

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Le Projets IBM, s'il avait été annoncé avant les élections aurait eu un effet certain: neutraliser la campagne de peur et de terrorisme économique lancée par Lafferty-Harwood, et attisé par le beau coup monté du Royal Trust-Brink's Express. En d'autres mots, la nouvelle ne pouvait aider qu'un parti, le parti Québécois. On met donc la nouvelle sur la glace. On mettra le projet au crédit du gouvernement Bourassa; cela lui sera tellement utile pour arriver à son objectif de 100,000 emplois!

Voir: La lettre et l'étrange association qui réapparaît en 1996 par Clinton et Al Gore

A DEUX JOURS AVANT
LES ELECTIONS
Deux jours avant les élections, soit le 27 avril 1970, l'affaire est bouclée. Ce jour-là, en effet, Québec Industrial Air Park vend ses 980 acres de terre. Mais en même temps, le rideau tombe! Au Bureau d'enregistrement de Knowlton, l'acte notarié No 102030 signé du nom du notaire Raymond Boily, de Cowansville, porte que Québec Industrial Air Park a vendu à deux inconnus, les avocats John Alexander Swift et Paul Michael Demers de Montréal, 980 acres de terre au coût de "$1. et autres considérations". On verra qui sont ces MM. Swift et Demers plus loin.

MEME LA VILLE VEND
On note, à la lecture des actes notariés fort nombreux qui ont précédé la transaction finale, le fait que la ville de Bromont elle même vend une partie de sa zone industrielle à Québec Industrial Air Park. Plus exactement, elle vend 87 acres de terre au coût total de $38,213.88 soit $435 l'acre. Or, ces terrains, la municipalité les avait acquis au cours des années précédentes de quatre propriétaires, MM. Dollard Dion, Marcel Gagné, EdWard Sokoluk et Paul- Emile Duchaine, au coût moyen de $420 l'acre. Sur cette partie de la transaction, le profit réalise par la municipalité est donc de $15 l'acre un profit total de $1,320. On remarquera que c'est très peu!

UNE INDUSTRIE VEND
Autre fait à noter: une entreprise qui avait des projets industriels à Bromont, projets qu'elle semble avoir abandonnés, a aussi revendu à Québec Industrial Park une semaine avant les élections, les 177 acres qu'elle avait acquises 2 1/2 ans plus tôt, le 23 octobre 1967. Cette transaction est intéressante à deux titres, elle montre le prix que faisait aux industries Québec Industrial Air Park, avant le grand "boom" IBM. Le 23 octobre 1967, Québec Industrial Air Park avait vendu à Albany Felt of Canada 177 acres de terrain, à $150. Ce prix est important. Il correspond au prix que la municipalité voulait payer, quand elle voulait exproprier à des fins de zonage industriel.

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On peut donc présumer, à partir de ces deux faits, que le terrain industriel vaut effectivement $150 à Bromont.

Quand Albany Felt of Canada revend à Québec Industrial Air Park, le 22 avril 1970, le prix a presque quadruplé: il est monté à $545 l'acre! Cette transaction montre aussi à quel point Q.I.A.P. tenait à tout racheter.

ANTHONY MALCOLM.

1). du Bureau Foster, Watt, Leggatt, Colby, Rioux et Malcolm, agents dans la transaction IBM-Québec Industrial Air Park.

2) membre de I'exécutif de la Fédération libérale du Canada (Québec)

LE RIDEAU TOMBE
Mais, on ne saura probablement jamais quel prix la compagnie IBM a Payé pour ses 980 acres de terrain.

JEAN MARCHAND

1) ministre de l'expansion régionale. Il verse $6 millions à IBM-Bromont

2) membre de I'exécutif de la Fédération libérale du Canada (Québec)

On sait que Québec Industrial Air Park a payé plus de $400,000 les terrains qu'elle vend à IBM. Mais le contrat entre Québec Industrial Air Park et IBM est ainsi conçu que la vérité est camouflée. Le nom d'IBM n'apparaît nulle part dans les actes notariés.

Les seuls noms sont ceux de MM. John Alexander Swift et Paul Michael Demers. Ce sont les partenaires "'juniors" du gros bureau d'avocats Foster, Walt, Leggat, Colby, Rioux et Malcolm. On sait que ce Malcolm est le célèbre Anthony Malcolm, qui siège avec Jean Marchand à l'exécutif de la Fédération libérale du Canada, section Québec. Rappelons, que Jean Marchand est le ministre qui a verse les $6 millions à IBM.

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Ce qu'on sait aussi de très intéressant, grâce au journaliste Maurice Roy du Petit Journal qui a interrogé bien des gens, à Bromont, dont le maire Germain Desourdy lui-même, c'est que "la compagnie Sherbrooke Trust a servi d'agent pour vendre à IBM un terrain de près de 1,000 acres". Ce qui est frappant là-dedans, c'est que sherbrooke Trust soit dans la transaction.Car un des directeurs du Sherbrooke Trust se nomme Marcel Faribault, membre très influent du parti de l'Union Nationale, et probablement un de ses trésoriers. On sait que M. Marcel Faribault est aussi directeur de la compagnie IBM...

QUELQUE CHOSE A CACHER?
On voit donc que trois groupes ont des fers aux feux dans cette histoire: les Desourdy, qui sont également de Desourdy Construction, de Desourdy Automobile, de Bromont Incorporée; la grande famille libérale, par Anthony Malcolm et Jean Marchand; la grande famille bleue, par Marcel Faribault, directeur du Sherbrooke Trust et de IBM.

En présence de tout ce beau monde et en face de cette fameuse phrase: "pour $'1. et autres considérations", on ne peut pas s'empêcher de poser des questions.

La principale question, c'est celle-ci: 
"quel est le prix réel payé par IBM à Québec Industrial Air Park pour ses 980 acres de terrain?"

Cette question intéresse tous ceux qui, au Québec et au Canada, paient des taxes, c'est-à-dire plusieurs millions de personnes qui ont contribué à la subvention de $6 millions à l'établissement de IBM à Bromont.

Si la réponse reste caché on n'ôtera pas de la tête de tous ceux qui connaissent les faits ci-rapportés qu'il y a quelques chose de Iouche dans toute cette patente.

Quand "l'AFFAIRE IBM" était
"l'AFFAIRE DESOURDY".

Tout commence en 1966.

Cette année-la, les premiers des 20 lots qui deviendront la propriété d'IBM changent de mains.

L'acheteur est une compagnie privée, Québec Industrial Air Park, reliée à la famille Desourdy. Les prix payés se situent entre $16.40 et $240 l'acre.

Au cours des années, Québec Industrial Air Park devient propriétaire de quel-

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ques milliers d'acres à Bromont, municipalité fondée par les Desourdy. En avril 1970, 980 acres de tout le territoire acquis par Québec Industrial Air Park devient propriété de la compagnie IBM. Ces 980 acres constituent un rectangle adjacent de l'aéroport régional de Bromont, construit par Desourdy Construction.

Québec Industrial Air Park a payé ce qu'elle vend à IBM environ $400,000, soit à peu près $400 l'acre. Alors que les premiers terrains se vendaient pour une chanson, les derniers que Québec industrial Air Park a acquis lui ont coûté une petite fortune. Parce que des rumeurs de développement industriel avaient commencé à circuler et, aussi, parce qu'un certain nombre de fermiers ne voulaient pas vendre, tout simplement. Mais comme il fallait à IBM environ 1,000 acres, l'enclave que constituait un fermier têtu prenait alors une valeur inestimable. Ce fut le cas par exemple de M. Ronald Brodeur qui vendit à Québec Industrial Air Park près de 178 acres pour $75,000, soit $420 l'acre.

LE POUVOIR DE NEGOCIATION DE LA VILLE
L'analyse des actes notariés déposés au bureau d'enregistrement de Knowlton révèle toutefois, sur les négociations qui ont entouré l'achat des terrains par Québec Industrial Air Park, des faits étranges!

GERMAIN DESOURDY

1). maire de Bromont, qui accueille IBM

2) relié par son frère Marcel, et personnellement, à Québec Industrial Air Park qui vend 980 acres à IBM.

Par exemple, M. Marcel Gagné vend sa terre le 29 décembre 1966 à deux acheteurs. Les deux achètent le même jour. Le premier acheteur se nomme Québec Industrial Air Park et le deuxième, la Municipalité de Bromont, pour sa zone industrielle. M. Gagné vend à Québec-Industrial Air Park 67 1/2 acres pour $1,103.21, soit $16.40 l'acre.

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Il vend à la Municipalité de Bromont, donc aux contribuables, 92 acres au coût de $43,496.79, soit $474 l'acre. Ce qui frappe, c'est le décalage extraordinaire entre le prix de l'acre vendu à l'entreprise privée et le prix de l'acre vendu à une municipalité. Rappelons que le maire de Bromont est M. Germain Desourdy. Rappelons qu'un des directeurs de Québec Industrial Air Park se nomme Marcel Desourdy et qu'il est le frère du maire de Bromont, Germain. Rappelons que M. Germain Desourdy lui-même, a déjà été le représentant autorisé de Québec Industrial Air Park dans une transaction entre Québec Industrial Air Park et un cultivateur de Bromont. La négociation s'est probablement faite simultanément et le pouvoir de négociation et d'achat de la municipalité a très probablement servi à avantager une compagnie privée, la Québec Industrial Air Park.

Il y a plus de sept cas de ce genre dans les transactions de Québec Industrial Air Park à Bromont.

LE POUVOIR D'EXPROPRIATION

Mais il y a plus encore! 

Le 20 mars 1970, la ville de Bromont envoie à M. Ronald Brodeur un avis d'expropriation de sa terre. Cet avis se fonde sur la "Loi des fonds industriels" par laquelle toute municipalité peut exproprier des Terrains privés pour les intégrer à sa zone industrielle. En cas d'expropriation, le prix payé est conforme à l'évaluation municipale. Dons le cas de M. Brodeur, l'évaluation étant de $26,677.50, la municipalité offrir $27,000 pour 17 acres, soit $152 l'acre.

Dans son avis, la municipalité prévenait le propriétaire qu'il avait 15 jours pour accepter cette offre, sinon, qu'il aurait à se défendre en Cour supérieure. Mais l'avis de 15 jours ne fut jamais exécuté, puisque le 17 avril 1970, soit un mois plus tard, Québec Industrial Air Park achetait la terre de M. Brodeur pour $75,000, soit $420 l'acre. Ce qui laisse à penser que dans ces négociations, le pouvoir d'expropriation de la municipalité a été utilisé pour convaincre le vendeur de vendre à Québec Industrial, Air Park. 

Rappelons une deuxième fois que M. Germain Desourdy est maire de Bromont, qu'il a déjà représenté Québec Industrial Air Park dans une transaction et que son frère Marcel est toujours directeur de Québec Industrial Air Park.

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