Août 1998
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« On se fait frapper, c'est presque ridicule. Il n'y a plus d'acheteur, personne ne veut se mouiller »,
Nouvelles de la Presse canadienne
François Pouliot Le Soleil
Dès l'ouverture des marchés, en matinée, le dollar canadien a été solidement frappé. La devise est rapidement tombée de 65,90¢ US à 65,60¢ US, ce qui a amené la banque centrale à intervenir sur le marché pour tenter de stabiliser les choses. Des rumeurs voulant qu'elle soit complètement débordée par le marché ont ensuite amené le dollar à 65,39¢ US, niveau où il a clôturé la journée, en baisse de 0,51¢ US. « On se fait frapper, c'est presque ridicule. Il n'y a plus d'acheteur, personne ne veut se mouiller », a soutenu Robert Normand, économiste chez Lévesque Beaubien. « Ce qui devient inquiétant, c'est que nous glissons, mais que les autres devises comparables, telles que le dollar australien et les francs suisse et français, demeurent stables », a de son côté indiqué François Dupuis, économiste chez Desjardins. M. Dupuis, tout comme M. Normand, soutiennent que les vendeurs viennent de partout, tant de l'international que des institutions canadiennes. Les ventes des institutions canadiennes ne sont pas sans soulever quelques questions. Il y a quelques jours, la plupart des banques d'ici s'étaient pourtant élevées contre une éventuelle hausse des taux d'intérêt au pays. « Il est vrai qu'il est paradoxal de voir les banques dire de ne pas hausser les taux et d'en même temps les voir mettre de la pression sur la devise en la jouant à la baisse. Mais nous sommes dans un système capitaliste, et si la tendance tourne, vous allez les voir racheter et pousser le dollar », croit François Dupuis. Les agents de change estimaient hier que la Banque du Canada avait dû dépenser entre 200 et 500 millions $US pour soutenir le dollar. Dans tout le mois de juin, elle en avait dépensé 801 millions. François Dupuis estime que la banque ne détient pas de réserves suffisantes pour contrer l'attaque spéculative. « La Banque a des réserves de 22 milliards $ et il se négocie pour 35 milliards de dollars canadiens chaque jour sur les marchés de change », dit-il. De plus en plus d'analystes
croient que la banque centrale n'aura pas le choix de majorer
son taux d'escompte d'un demi-point. Le taux d'escompte
canadien (référence pour les taux à un jour, dont
les intérêts sont versés sur les sommes investies au quotidien)
est présentement à 5%, alors que le
L'économiste est favorable à une hausse des taux d'intérêt. « La chute du dollar commence à amener un pessimisme important au Canada. Il risque d'y avoir des conséquences plus importantes. Il faut que les gens continuent de dépenser et il faut aussi continuer à attirer du capital », plaide-t-il. M. Dupuis n'est pas convaincu qu'une augmentation serait nécessairement positive. « Si on augmente les taux court terme, les marchés vont peut-être dire que notre économie va ralentir et ils vont continuer à vendre le dollar. » La devise devrait connaître
un autre moment important aujourd'hui avec le dévoilement
des statistiques sur l'emploi. Le consensus des économistes
de MMS (Money Market Services) attend une perte
de 20 000 emplois et un taux de chômage de 8,5%. Celui
de Thomson Global attend une
Une réalité
pire que ces deux scénarios pourrait accentuer la glissade.
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Nouvelles de la Presse canadienne
François Pouliot Le Soleil
« Encore aujourd'hui, nous avons vendu du dollar canadien pour racheter des devises américaines. Tout le monde le fait, et les Canadiens aussi », racontait hier un cambiste québécois qui préfère ne pas être identifié. Dans un marché peu actif, en raison notamment d'un congé civique au Canada anglais, le dollar canadien a encore hier plié sous le poids de l'offre, passant sous le niveau des 66¢ US, à 65,94¢, pour finalement fermer à 66,01¢ US. « Le comportement des banques canadiennes n'est pas inhabituel. Il est fréquent de voir des banques locales jouer leur propre devise à la baisse si elles sentent qu'elle va fléchir. Il arrive même que ce soient elles qui initient les liquidations », a soutenu François Dupuis, économiste du Mouvement Desjardins. M. Dupuis n'a cependant pu dire si les institutions canadiennes avaient initié la crise qui secoue le dollar. « C'est toujours difficile à dire (qui part le bal), mais un dollar en chute de 5¢ depuis mars, c'est évident que nos institutions financières ont aussi joué la devise à la baisse », a-t-il affirmé. « En plus, elles étaient presque subventionnées pour le faire », ajoute Robert Normand de chez Lévesque Beaubien. M. Normand fait notamment remarquer que les taux d'intérêt court terme trois mois sont à 5,63% aux États-Unis et à seulement 5,21% au Canada. « Nous ne nous sentons pas
antipatriotiques. Les départements de change
ont pour mission de faire de
« C'est ce qui est difficile
à dire. Ce que l'on regarde, c'est l'opinion des gens. À moment
donné quelqu'un va dire le dollar canadien est descendu trop
bas et va se mettre à en acheter. Tout le monde va suivre
pour matérialiser son gain ou couvrir ses ventes à
découvert avant que le dollar ne
Sous l'effet d'une demande plus robuste, la devise pourrait alors rebondir. François Dupuis croit toutefois qu'il faudra attendre un certain temps avant que cela ne se produise. Il n'est pas partisan d'une hausse des taux d'intérêt en raison de l'impact que cela pourrait avoir sur l'économie canadienne. Celle-ci est en rapide décélération. Sur une base annuelle, la croissance du PIB est passée de 4,4% en mars à 3% en mai. Et les indicateurs économiques pointent vers une décélération plus marquée pour les prochains mois. Ainsi, l'économie a reculé de 0,2% entre les mois d'avril et mai. François Dupuis estime que le huard pourrait plonger jusqu'à 62,50¢ US. « Les Australiens ont vu leur devise passer de 80¢ à un plancher de 58¢. La nôtre ne devrait pas descendre aussi bas. L'économie australienne repose à 50% sur les matières premières alors que leur poids chez nous est plutôt de 20% », dit-il. Robert Normand croit lui que la
Banque du Canada devrait intervenir avec une hausse du
taux directeur. « La baisse commence à miner la confiance
des ménages et les banques ont déjà commencé
à hausser leurs taux. La hausse ne serait plus aussi négative »,
croit-il.
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